Un Robinson d’Héli Mayotte disparaît mystérieusement
Aéroport de Pamandzi, Mayotte, mercredi soir 23h05 (heure de Mayotte). En dépit de l’heure tardive, le Robinson R44 Clipper de Héli-Mayotte, s’apprête à décoller. En dépit de l’enjeu, la lutte contre l’immigration clandestine dans l’île aux Parfums s’apparente par certains des moyens mis en œuvre à du bricolage. Ainsi la préfecture de Mayotte est obligée d’affréter un hélicoptère privé pour repérer les kwassa kwassa des clandestins partis d’Anjouan. Le R44 Clipper n’a rien à voir avec une Alouette III ni à fortiori avec l’EC145 toute nouvelle monture des gendarmes de la Réunion. C’est une machine légère équipée d’une seule turbine pouvant emporter quatre personnes avec une autonomie maximum de 740 km à 209 km/h. L’appareil d’Héli-Mayotte est équipé de flotteurs. Ce soir-là montent à bord du R44, un pilote, un mécanicien et un gendarme de la brigade nautique. Les conditions météorologiques sont excellentes et la pleine lune brille dans le ciel. Pour les trois hommes c’est une mission de routine qui ne doit pas dépasser 2h15, temps de vol inscrit dans le plan de vol. A 0h40 (heure de Mayotte), le pilote lance par radio un message à peine audible capté par le PC Action de l’Etat en mer qui coordonne comme à l’accoutumée les opérations de lutte contre l’immigration clandestine. Il fait état de problèmes radio, évoque un souci côté carburant. Et puis c’est le silence. Le Robinson est équipé d’une balise de détresse mais aucun signal n’est capté. C’est ici que commencent les interrogations. Alors que la préfecture de Mayotte est immédiatement informée, le CROSS de la Réunion n’est alerté qu’à 4h10 (heure de Mayotte). Dans la nuit, seuls des moyens maritimes de recherches sont mis en œuvre. Des vedettes de la gendarmerie, des douanes, de la police de l’air et des frontières, de la gendarmerie maritime, la Rieuse de la Marine nationale et un bateau de pêche ratissent la zone. Un Transall ne décolle de la Réunion qu’à 6h30 locale alors qu’il aurait su se prépositionner dans la nuit pour participer aux recherches dès le lever du jour. En attendant son arrivée, seul un Cessna 172 monomoteur d’aéro-club et un ULM entament des recherches aériennes. Aucune trace du Robinson R44 Clipper et de ses trois occupants. À 9h30, la préfecture de Mayotte est informée que l’hélicoptère a été retrouvé à Sima, au nord-ouest de l’île d’Anjouan.
confusion
Que s’est-il passé entre 0h40 et 9h30 ? Pourquoi le pilote n’a-t-il pas activé sa balise de détresse ou pourquoi celle-ci ne s’est pas déclenchée automatiquement ce qui aurait permis une localisation de l’appareil ? Comment le Robinson s’est-il retrouvé aussi loin de Mayotte ? Pour ajouter encore à la confusion on apprend dans un premier temps que la machine est intacte et que les trois occupants sont indemnes. Fort heureusement si la dernière partie de l’information est exacte, le reste est faux. Le Robinson s’est abîmé dans le lagon à quelques encablures de la côte. Il est très sérieusement endommagé. Le pilote, le mécanicien et le gendarme ont regagné Sima à la nage après s’être extraits de l’épave qui s’est semble-t-il retournée. Si le pilote reste sur place pour surveiller la carcasse, le mécanicien et le gendarme sont rapatriés à Mayotte par Comores Aviation. Le gérant de cette compagnie est également le propriétaire d’Héli-Mayotte (voir encadré). De retour à Pamandzi, les deux rescapés sont interrogés par les gendarmes. Ils indiquent que le Robinson a violemment percuté la mer sans préciser les raisons qui ont conduit à l’amerrissage forcé. En revanche c’est un dysfonctionnement du GPS qui aurait conduit ‘hélicoptère aussi loin de Mayotte. Cela n’explique toujours pas les raisons pour lesquelles les occupants du Robinson ont autant tardé à donner signe de vie. Il s’est écoulé près de neuf heures entre la perte du contact radio et le signalement du lieu de l’accident alors que l’autonomie du Robinson ne dépasse pas trois heures. De l’aveu même du mécanicien et du gendarme, ils ont été pris en charge avec le pilote presque immédiatement après avoir touché la plage par les gendarmes de Sima. La situation confuse qui règne actuellement à Anjouan ne suffit pas à tout expliquer
Alain Dupuis
- Des liens avec Comores Aviation
Héli-Mayotte et Comores Aviation ont un seul et même patron. Lors d’un appel d’offres il y a deux ans, la compagnie d’hélicoptères avait dû laisser la place à une compagnie métropolitaine, Périgord Aviation, qui avait mis un bimoteur à la disposition de Mayotte pour le transport de touristes mais surtout pour la surveillance des côtes mahoraises afin de traquer les kwassa-kwassa. L’appareil a été saboté et des pressions ont mis fin à l’expérience de Périgord Aviation. Un nouvel appel d’offres, cette fois-ci de gré à gré a permis de remettre en selle Héli-Mayotte /Comores Aviation. Selon un pilote anjouanais en poste à Mayotte, depuis un an l’hélicoptère outrepasse ses droits en volant la nuit alors qu’il n’a qu’une licence restreinte. Ses vols sont gérés en direct par la préfecture. Ces va-et-vient illicites, sans respect des procédures, sont bien connus de l’aviation civile à Mayotte. Un pilote d’Héli-Mayotte a démissionné il y a un mois en entraînant la compagnie aux prud’hommes en raison de l’absence de sécurité. Comores Aviation a eu, l’an dernier, un appareil abîmé sur la piste d’Anjouan, avec à bord treize touristes qui se sont portés parties civiles.
L’ambassadeur de France aux Comores ouvre le parapluie
L’accident du Robinson d’Héli-Mayotte à Anjouan embarrasse les autorités françaises. L’ambassadeur de France aux Comores, Christian Job, a confirmé mercredi à l’AFP à Moroni qu’un “hélicoptère civil léger de surveillance a été obligé de se poser en catastrophe à Sima”, précisant que l’appareil effectuait “des surveillances maritimes entre Mayotte et les Comores en cette période sensible”. Cet atterrissage “ne doit pas être lié à une quelconque opération militaire ou une exfiltration de Mohamed Bacar”, l’homme fort d’Anjouan, a poursuivi l’ambassadeur, selon qui il ne faut pas y voir “une quelconque malice de la France”. L’Union africaine (UA) a décidé de soutenir militairement une opération du gouvernement de l’Union des Comores pour démettre le colonel Mohamed Bacar, président de l’île d’Anjouan depuis mars 2002, mais dont la réélection en juillet 2007 n’est reconnue ni par elle-même ni par l’Union des Comores. La France avait fait part fin février de sa “disponibilité” pour transporter les troupes de l’UA engagées dans cette opération et a transporté le week-end dernier à Moroni 346 soldats tanzaniens. L’Union des Comores est secouée depuis des années par des conflits de compétence entre les trois îles (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli), dotées chacune de ses propres institutions, et l’État fédéral. Anjouan avait fait sécession en 1997, avant de rentrer dans le giron des Comores fin 2001