Crise à Anjouan: les troupes africaines s'entraînent au débarquement
FOMBONI (AFP) — Le canot s'approche à vive allure de la plage, chargé de troupes africaines s'entraînant en vue du débarquement sur Anjouan. Dans une gerbe d'écume et les cris des soldats, il touche la plage. Une clameur d'amusement monte de la foule des villageois venus en curieux.
Des soldats tanzaniens, qui chantaient et dansaient avant de monter sur les bateaux, se jettent dans l'eau, maladroits. Certains s'étalent de tout leur long dans la mer, laissant tomber leurs fusils d'assaut dans les vagues et provoquant des éclats de rires.
"Ils chantent mieux qu'ils ne débarquent", se moque un vieil homme installé sous l'auvent d'un petite boutique, sur l'île comorienne de Mohéli où s'entraînent les militaires.
D'autres soldats s'élancent vers un muret comme s'ils devaient prendre position pour défendre leurs camarades, dont certains sont très essoufflés après seulement 20 mètres de course. Puis les soldats recommencent à danser et chanter alors que d'autres canots arrivent pour une deuxième vague d'assaut simulée.
"Heureusement qu'il n'y a pas de défenseurs sur la plage. Avec une seule mitrailleuse bien placée, ils seraient tous morts", commente un militaire comorien sous couvert d'anonymat qui assiste à cet entraînement en vue de l'opération amphibie sur l'île voisine d'Anjouan.
Plus d'un millier de militaires africains, mandatés par l'Union africaine (UA), sont arrivés sur la petite île de Mohéli ces derniers jours pour participer à l'opération de débarquement sur Anjouan mise en place par le gouvernement de l'Union des Comores contre les autorités jugées illégales d'Anjouan.
Ces militaires tanzaniens et soudanais sont déployés à Mohéli pour soutenir les quelque 400 militaires comoriens cantonnés sur l'île depuis presque deux mois pour préparer l'opération "Démocratie aux Comores", contre le président d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar, dont la réélection en juin 2007 n'a été reconnue ni par l'Union des Comores, ni par l'UA.
L'Union est secouée depuis des années par des conflits de compétence entre les trois îles de cet archipel pauvre de l'océan Indien (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli), dotées chacune de ses propres institutions, et l'Etat fédéral.
Anjouan avait fait sécession en 1997, avant de rentrer dans le giron des Comores fin 2001.
Le débarquement doit être mené à l'aide de bateaux civils reconvertis en transports de troupes et équipés d'armes lourdes, ainsi que d'une dizaine de canots pneumatiques que l'Armée nationale de développement (AND) comorienne teste régulièrement depuis plusieurs jours.
Avant les Tanzaniens, ce sont les parachutistes soudanais qui ont procédé aux mêmes exercices: débarquement sur une plage, puis sur des rochers. Embarquement sur les canots depuis la jetée du port de Fomboni, puis à partir d'un navire cargo.
Gilets de sauvetage orange, et kalachnikovs en bandoulière, les Soudanais n'ont visiblement pas l'habitude de la mer. Mais ils débarquent en silence, avant de marcher en colonne jusqu'au port.
Le corps expéditionnaire africain connaît déjà des problèmes de communication, entre les hommes d'abord, qui ont beaucoup de mal à se comprendre malgré force gestes, mais également au niveau du commandement.
Les réunions se multiplient au niveau des responsables militaires, mais aucune date n'a encore été annoncée pour le débarquement.