Souef El-Amine s'est exprimé

Publié le par achaha


Dans un ouvrage intitulé « Les Comores en mouvement », où il parle de politique, d'histoire et de diplomatie, l'ancien ministre des affaires étrangères règle aussi ses comptes avec le régime actuel. Un régime dont les « manœuvres » n'ont qu'un seul objectif : « jeter l'opprobre sur ceux qui ont consenti des sacrifices énormes afin de préserver la communauté de destinée des Comoriens. »
Ceux qui attendaient un livre personnel ou un témoignage sur le régime Azaliste vont sans doute être déçus, mais ils vont toutefois aimer un livre bien construit, qui relate bien les principaux évènements qui ont marqué la plus courte histoire de notre pays. Ce n'est que dans quelques pages seulement, à la fin de l'ouvrage que M. Souef El-Amine décline sa « part de vérité » et s'efforce de dégager quelques perspectives pour l'avenir du pays qu'il a pourtant codirigé avec Azali Assoumani pendant près de huit ans.

Les institutions

Souef El-Amine continue de croire que les institutions actuelles sont capables d'apporter la stabilité politique et sortir les Comores de ses crises incessantes. «Les Comores n'ont jamais connu une période de stabilité politique, susceptible de créer les conditions nécessaires pour un développement harmonieux durable. Les institutions issues de l'indépendance ne répondaient pas, non plus, aux aspirations légitimes des populations », écrit l'ancien ministre. « Les Comores avaient besoin de réformes institutionnelles profondes, d'où la création de l'Union des Comores », ajoute-t-il.
Même s'il reconnaît que la Constitution de décembre 2001 n'est pas la meilleure, il considère qu'elle
constitue le « consensus ». Il souligne donc l'importance à ce que la « tournante aille jusqu'au bout ».

Le débarquement

Sur l'opération militaire en cours de préparation pour faire descendre les séparatistes du promontoire, l'ancien chef de la diplomatie comorienne exprime sa ferme hostilité.
«L'option militaire prônée par le chef de l'État est la pire des solutions et aura des conséquences néfastes immédiatement et pour toujours », dit-il. Mais difficile de proposer une solution notamment quand on a été pendant plus de six ans au ministère des affaires étrangères. Souef El-Amine se contente de croire que : « Seul le dialogue lui (président Sambi) permettra de gouverner dans la paix, la stabilité et la quiétude, dans le cadre d'un sursaut national pouvant contribuer à préserver l'unité et l'intégrité du pays.»

La justice et la démocratie

C'est sur ce terrain-là que l'ancien ministre, condamné par contumace en décembre 2007 par la justice comorienne pour détournement de fonds, s'est montré très sévère à l'égard du pouvoir actuel. «Un mot s'impose, en effet, sur la gouvernance actuelle du pays, commence-t-il, avant de critiquer l'action menée par la justice « contre l'ancien régime.» Souef El-Amine se lance donc dans un rétablissement de la vérité, car pour lui ce sont des manœuvres « qui n'ont pour seule visée que de jeter l'opprobre sur ceux qui ont consenti des sacrifices énormes, afin de préserver la communauté de destinée des Comoriens. »


Extrait :

« Avant d'installer son gouvernement et de procéder à l'alternance administrative, le président Sambi a mis en place des commissions de contrôle pour auditer les sociétés d'État dont les caisses ont été déclarées vides. Quel amalgame! Les caisses de l'État ne sont pas des caisses d'épargne ou de dépôt. L'argent sert à investir et à faire fonctionner l'État pour le bien-être des citoyens. Et encore! L'administration sortante a laissé une manne financière importante : la taxe unique sur le riz, à hauteur de trois millions de dollars américains, le fonds Walid sur l'énergie, à hauteur d'un million de dollars américains, l'argent disponible dans les caisses de Comores Télécoms, à hauteur de sept millions d'euros et l'avance statutaire au niveau de la banque centrale, l'ensemble constituant un budget de six mois de fonctionnement de l'Etat. Ce sont des réserves de l'Etat. S'agissant du contrôle des sociétés, des observations s'imposent. D'abord, ces Commissions sont essentiellement composées de militants de premier rang de l'actuel régime. Ensuite, l'on note que les responsables de ces commissions ont, soit des démêlés avec la justice, soit un passé lourd dans la gestion des Affaires de l'Etat. Pourquoi ces missions n'ont pas été confiées à un bureau d'audit privé pour plus de clarté et de transparence ? Enfin, les conclusions ne sont pas surprenantes. Abus de biens sociaux et détournements de fonds en sont les mots clefs. »
Ali Mmadi
Source: Kweli
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