Les troupes africaines chassent le chef rebelle d'Anjouan
L'armée gouvernementale a renversé le colonel Bacar avec l'aide de soldats de l'Union africaine.
Mohammed Bacar a perdu la partie. Le colonel qui contrôlait l'île d'Anjouan depuis 2001 a été chassé de son palais présidentiel par l'armée comorienne, appuyée par des détachements de l'Union africaine. Surnommé «le Hérisson», l'ex-militaire a été balayé sans opposer de résistance d'envergure aux troupes «unionistes». Introuvable après l'assaut, il aurait cherché à rejoindre par mer, à bord d'une pirogue à moteur, les rivages français de l'île voisine de Mayotte.
«Le colonel Mohammed Bacar a été localisé dans le village de Sadanpoini, d'où il se dirige vers un endroit lui permettant de fuir à bord d'un kouassa (petit canoë) en direction de l'île de Mayotte», a déclaré mardi Abdourahim Saïd Bacar, porte-parole de l'Union africaine (UA). «Il semble, selon plusieurs sources, qu'il s'est travesti en femme», a-t-il ajouté.
Soutenu par 1 350 militaires tanzaniens et soudanais de l'UA, le gouvernement des Comores avait promis de renverser l'homme fort d'Anjouan qui s'appuyait sur une milice de plusieurs centaines d'hommes. L'an dernier, Bacar, qui contrôlait l'île depuis 2001, avait maintenu des élections dont le gouvernement fédéral avait ordonné l'ajournement. Seul candidat à ne pas boycotter les urnes, il avait été réélu dans des conditions douteuses.
Le président comorien, Ahmed Sambi, accusait Bacar et ses lieutenants de viols, de tortures, d'emprisonnements arbitraires et de déplacement de populations. Il lui reprochait ses vues séparatistes.
Bacar est resté sourd aux ultimatums. Il refusait d'organiser un nouveau scrutin. «S 'il le faut, nous combattrons, nous disposons d'assez d'armes et d'assez d'hommes», assurait cet officier formé à l'école navale de Brest. «J'ai aimé Brest, j'y suis resté deux ans, et je crois que j'ai gardé des Bretons un esprit dur et déterminé», affirmait-il récemment.
Soutenue par la France, l'opération baptisée «Démocratie aux Comores» a débuté mardi à l'aube par un
débarquement des militaires des Comores et de l'UA.
Les assaillants ont rapidement repris le contrôle des bourgades ainsi que du port et de l'aéroport. Ils sont entrés sans combat dans Mutsamudu où ils ont été accueillis sous les vivats de nombreux habitants. L'ambiance était à la liesse dans les rues, malgré les coups de feu entendus ici et là. Les badauds scandaient «Bacar est un chien» ou «Nous avons gagné !».
Des affrontements à l'arme lourde se sont déroulés en périphérie, sur la route reliant la capitale à la localité de Ouani, où se situe un palais présidentiel déserté. Les forces comoriennes et tanzaniennes ont pris le contrôle d'un camp de gendarmerie mobile, surnommé le Pentagone. Elles y ont découvert des fusils d'assaut et des lance-roquettes abandonnés par les gendarmes anjouanais qui se sont réfugiés dans les collines avoisinantes. Des accrochages ont également éclaté à Barakani, le village abritant la résidence privée de Bacar. Les opérations de ratissage ont conduit à l'arrestation de membres de l'entourage du dirigeant déchu.
Source: Le Monde