Le sommet arabe de Damas en partie boycotté
La Syrie accueille samedi et dimanche un sommet de la Ligue arabe que boycottent plusieurs dirigeants modérés en raison de la crise politique du Liban.
Le Liban et les trois principaux alliés arabes de Washington - le roi Abdallah d'Arabie saoudite, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah II de Jordanie - ne participeront pas à cette réunion, en signe de protestation contre ce qu'ils considèrent comme des ingérences syriennes au Liban.
Ryad, tout comme Amman, enverra seulement à Damas son représentant permanent auprès de la Ligue arabe, Le Caire un ministre. Le vice-président yéménite, et non le chef de l'Etat, représentera son pays. Bahreïn a envoyé un vice-Premier ministre.
L'Irak sera représenté par le vice-président Adel Abdoul-Mahdi, l'Iran, invité, le sera par son ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki. Le secrétaire général de l'Onu ne sera pas présent cette année.
Un diplomate fait remarquer que l'Arabie saoudite a pris sa décision après la récente visite du vice-président américain Dick Cheney dans le royaume wahhabite.
Selon Walid al Moualem, chef de la diplomatie syrienne, les Etats-Unis ont multiplié les pressions pour dissuader les dirigeants arabes de faire le déplacement.
"Ils ont malheureusement fait de leur mieux pour empêcher le sommet, mais je peux vous dire qu'ils ont échoué parce, demain, vous verrez un sommet couronné de succès avec des dirigeants accommodants et des résolutions importantes", a-t-il déclaré à la presse.
En fin de soirée, seuls dix chefs d'Etat - ceux d'Algérie, de Tunisie, du Koweït, des Comores, du Qatar, des Emirats arabes unis, du Soudan, de la Libye, de la Mauritanie et de l'Autorité palestinienne - étaient arrivés à Damas. La Ligue arabe compte 22 Etats membres.
PRESSIONS AMÉRICAINES
Pour le journaliste syrien Sabet Salem, Damas veut d'autant plus montrer sa détermination face aux pressions américaines, qui correspond selon lui aux sentiments de la rue arabe.
Le gouvernement de Beyrouth, soutenu par Washington et Ryad, est aux prises avec une opposition dominée par le Hezbollah, mouvement qui a l'appui de la Syrie et de l'Iran.
Les tensions qui couvaient entre l'Arabie saoudite et la Syrie en raison du blocage libanais se sont exacerbées à l'approche du sommet.
Le Liban est sans président depuis l'expiration fin novembre du mandat du pro-syrien Emile Lahoud. La réunion du parlement libanais, qui est chargé d'élire son successeur, a été reportée dimanche dernier pour la 17e fois.
Le gouvernement libanais dirigé par Fouad Siniora a annoncé mardi qu'il boycotterait le sommet en raison de la persistance de la crise politique - imputable, pour lui comme pour ses alliés arabes modérés, aux manoeuvres de la Syrie et de ses alliés locaux à Beyrouth.
Damas encourage l'opposition libanaise à exiger un droit de veto sur les décision du gouvernement, alors que Ryad soutient la majorité parlementaire présidée par le milliardaire Saad al Hariri, qui rejette les exigences du Hezbollah.
"Il n'est plus acceptable que la Syrie et l'Iran ou tout autre Etat (...) traitent le Liban comme une zone d'influence ou un terrain d'affrontement et de règlements de comptes", a déclaré vendredi Siniora dans une allocution télévisée.
Le prince Saoud al Fayçal, chef de la diplomatie saoudienne, a effectué fin janvier une visite secrète à Damas qui n'a pas permis d'aboutir à un accord au Liban. Selon des diplomates, Fayçal a ensuite préconisé des mesures fermes contre la Syrie lors d'un voyage aux Etats-Unis et en Europe courant février.
Outre le problème politique libanais, le sommet arabe est censé porter aussi sur l'Irak et sur le sort d'une initiative de paix arabe en direction d'Israël.
(Le Point)