A Mayotte, dérapages face aux "sans-papiers" comoriens

Publié le par habari

Loin des regards métropolitains, une partie dramatique se joue pour la France dans un coin reculé de l'océan Indien, partie dans laquelle des principes contradictoires sont en jeu, qui mettent à mal les règles républicaines, et qui ont mené à la manifestation, dimanche à Mayotte, pour l'expulsion des sans-papiers Comoriens.

Résumé de la situation pour ceux qui auraient oublié que l'empire français ne s'est pas complètement éteint. L'île de Mayotte, dans l'océan Indien, est une "collectivité territoriale" française, c'est-à-dire pas tout à fait un DOM-TOM mais une composante de la République. Un héritage du référendum organisé en 1975 pour l'archipel des Comores, alors composé de quatre îles (Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte). Cette dernière vota massivement pour rester française et fut détachée de l'archipel, décision condamnée par les Nations unies.

Mayotte bénéficiant de facilités sociales françaises alors que les Comores sont un archipel resté pauvre, son pouvoir d'attraction a agi comme un aimant, attirant de nombreux Comoriens, principalement des Anjouanais, l'île la plus proche, venus en "kwassa-kwassa", ces bâteaux de pêche dont les accidents réguliers font de nombreuses victimes. Parmi ces migrants, des femmes enceintes tentant d'obtenir le droit du sol pour leurs enfants à naître, afin qu'ils soient français. Cette situation provoque des tensions régulières, au point que Paris a envisagé un moment suspendre le droit du sol pour Mayotte -ce qui aurait été une brèche sans précédent dans l'égalité républicaine.

M'Zungus et Mahorais unis contre les Anjouanais qui feraient couler l'île…

Cette situation a connu un brusque regain de tension récemment avec les événements d'Anjouan, où un chef rebelle, le colonel Mohamed Bacar, qui avait pris le contrôle de l'île, a été débarqué du pouvoir par une intervention armée conjointe des Comores et de l'Union africaine. Lorsque Bacar a trouvé refuge à Mayotte (puis a été exfiltré à la Réunion où il se trouve toujours), les Anjouanais de Mayotte ont provoqué de violentes émeutes le 27 mars, s'en prenant aux "métropolitains", les "M'Zungus", les Blancs… Des événements qui ont précipité l'expulsion de centaines de clandestins anjouanais vers les Comores. Ces événements ont choqué les habitants de Mayotte, et ont conduit à la grande manifestation de dimanche contre les "sans-papiers". Sur place, à Mayotte, Nicolas Goinard témoigne:

"Ce qui est aujourd’hui impensable en métropole est devenu courant à Mayotte: des marches sont organisées, certes pacifistes, mais contre des sans-papiers… Les Anjouanais sont directement visés dans des slogans décomplexés. Dimanche 6 avril au matin, Mamoudzou, principale ville de Mayotte, a connu une des ces manifestations: une foule nombreuse composée de Mahorais et de métropolitains a brandi des pancartes aux textes virulents contre les voisins de l’île comorienne les appelant à partir: 'Vols, insécurité… Prison pleine. Partez, partez'… Egalement sur les banderoles, des prises de position contre le droit du sol: 'Mayotte est trop petite, elle risque de couler.'

Cette marche, organisée en réponse aux émeutes du 27 mars qui ont suivi l’arrivée à Mayotte de Mohammed Bacar, despote chassé du pouvoir par l’Union africaine et cause de l’immigration continue d’Anjouanais vers l’île aux parfums, faisait suite à une série de défilés organisées cette semaine dans l’île, notamment à Labattoir sur Petite Terre, et à M’tsapéré, en périphérie de Mamoudzou. Il n’y a pas eu de débordement en marge de ces cortèges. Les émeutes sont désormais loin, même si elles ont choqué une grande partie de la population mahoraise."


Source: Rue89

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