Comores / Politique & institutions-Présidentielle d'Anjouan

Publié le par habari

Sauf décision de la Cour constitutionnelle, rien n'empêche encore le colonel Mohamed Bacar de se considérer comme candidat à sa propre succession à la tête de l'île autonome d'Anjouan lors de la présidentielle de mai prochain. En tous cas, tant qu'une condamnation définitive n'est pas prononcée à son encontre, ou qu'une procédure de disqualification ne sera engagée, l'ex-chef rebelle pourra solliciter le suffrage des anjouanais même en se trouvant placé en résidence surveillée, sur une base militaire étrangère à 600 km de son pays.

Sans pouvoir répondre à cette question, le bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) se prépare à entamer dès ce mardi à Anjouan une mission cruciale, celle de remettre en place la commission insulaire électorale d'Anjouan dont la plupart des anciens membres sont présumés « disqualifiés » depuis la tenue du premier tour du scrutin présidentiel de 10 juin 2007, invalidé par la Cour constitutionnelle et non reconnu par la communauté internationale.

« Nous sommes dans une phase d'élaboration d'un projet de calendrier électoral que nous allons soumettre aux autorités », nous a déclaré hier le président de la CENI Ali Saïd Mdahoma, avant son départ pour Anjouan où le processus de désignation des nouveaux membres de la Commission insulaire serait en cours.

Si une partie du matériel électoral est disponible, notamment les urnes et les isoloirs, il restera à résoudre le problème des listes électorales qui doivent faire l'objet d'un « toilettage », ce qui pourrait durer une à deux semaines.

Il y a lieu de s'assurer aussi que toutes les conditions sont réunies pour le lancement de la campagne électorale ainsi que pour la sécurisation des opérations de vote, dit-on à la commission électorale.

Mais à Anjouan des voix s'élèvent déjà pour protester contre le refus d'ouverture du scrutin présidentiel à d'autres candidats qui ne s'étaient pas présentés en juin 2007. Pour le président de la CENI on ne peut pas élargir la liste de nouveaux candidats, car il ne s'agit pas d'une nouvelle élection, mais d'un simple report du premier tour de scrutin à une autre date.

Par conséquent, seules les candidatures validées en avril 2007 par la Cour Constitutionnelle restent en vigueur, à savoir celles de Mohamed Bacar, Ibrahim Mohamed Allaoui, Bastoine Soulaimane, Moussa Tybou, Bacari Abdou, Abdou Saïd, Mohamed Djanfari et Sondi Abdoulatuf. Parmi eux, deux s'étaient désistés en faveur du candidat Moussa Toybou (Ibrahim Mohamed Allaoui et Abdou Saïd).

Une décision dénoncée par le collectif « Défense de la Démocratie et de la Liberté à Anjouan » (CDDLA) qui revendique auprès des juges constitutionnels le droit pour « tout citoyen anjouanais répondant aux critères de candidature » de pouvoir se porter candidat à l'élection. C'est le cas du Dr Sounhadj Athoumane qui, depuis Moroni où il exerce son activité de médecin cardiologue, ne cesse de réclamer cette « liberté pour ceux qui sont à même de faire barrage au séparatisme ». Cet intellectuel comorien natif d'Anjouan se dit « choqué » par la non ouverture de la liste des candidats.

Quant au cas particulier du colonel Bacar actuellement en résidence surveillée dans le département français de l'île de La Réunion, rien n'est encore clair. Dans l'hypothèse probable où seuls les candidats autorisés par la Cour constitutionnelle l'année dernière peuvent prendre part à l'élection de mai prochain, il est évident que l'ex-chef de l'exécutif d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar pourra se faire prévaloir de son droit civique, même s'il est actuellement absent du territoire national, et qu'un mandat d'arrêt international est lancé contre lui, estiment certains juristes.


A moins que la Cour constitutionnelle ne décide de le disqualifier de la course présidentielle, ce qui, selon une source proche de cette haute juridiction, « ne peut être légalement envisagé que sur la base d'une requête » introduite à cet effet. Les arguments juridiques ne manquent pas pour mettre hors jeu l'ex-chef rebelle, encore faut-il que la procédure soit lancée dans les délais et respectée jusqu'au bout. Or à ce jour, il n'en est rien, semble-t-il.

Pour garantir la transparence d'une élection libre et démocratique, les bulletins de vote des candidats seront fabriqués à l'extérieur. Des observateurs nationaux et internationaux seront de nouveau déployés à Anjouan, avec l'appui de l'Union africaine, de l'Organisation internationale de la francophonie dont une mission se trouve à Anjouan, du PNUD et de la Ligue des Etats arabes. Le financement de l'ordre de 150 millions de francs sera partagé entre le gouvernement comorien et ses partenaires extérieurs. La moitié du budget serait disponible à travers un reliquat non affecté du financement global des présidentielles des îles.

El-Had Said Omar

210408/eso/hzkpresse/12h00
Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
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