Les Comores perdent leur Job

Publié le par le mohelien

Diplomatie. Christian Job, préfet en service détaché aux Comores, est admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er juillet prochain. C’est ce qu’a annoncé un décret du Président de la République en date du 29 mai dernier. Portrait d’un serviteur de l’Etat.

Colonel de gendarmerie, Commissaire adjoint de la République de l’arrondissement de Saint-Paul à La Réunion de 1988 à 1990, puis Administrateur des îles Wallis et Futuna, Christian Job semble avoir été cantonné à la marge pendant plusieurs années, victime, disent certains de ses amis, « de la revanche des chiraquiens contre les balladuriens et assimilés ». Directeur de cabinet du Professeur Bernard Debré, ministre de la Coopération en 1994-1995, il fut, après l’élection de Jaques Chirac, dépêché comme chef de la mission de coopération culturelle aux Seychelles (1995-1998). Quitter la direction d’un cabinet ministériel pour aller viser des rapports de chercheurs sur la germination des cocos fesses n’est pas une promotion. Revenir en France comme directeur de cabinet du préfet (1998-2002), dans un des derniers bastions de la ceinture rouge de la banlieue parisienne, dans le Val-de-Marne plus précisément, n’est pas une reconnaissance. On imagine que Christian Job a du faire appel à ses qualités d’officier de cavalerie au 1er régiment de chasseurs pour résister à la tentation de demander à un cadi comorien de Champigny d’envoyer Jacques Chirac et ses amis au pays des djinns pour cette nomination. En 2002, il quitte le Val de Marne pour Wallis et Futuna où il est nommé Administrateur supérieur. Pour un préfet sorti de Saint-Cyr, passé par l’Ecole d’application de l’arme blindée et de la cavalerie, et qui a connu le baisemain des hautes sphères parisiennes, là aussi, cela ne ressemble guère à une promotion. Pas plus d’ailleurs que celle d’ambassadeur de la République française aux Comores qu’il inaugure en 2005, après une année avec le statut de préfet hors cadre. Un premier poste de diplomate à 62 ans, c’est enfin une reconnaissance ! Penserez-vous. Surtout dans un pays où « l’ambassadeur » est courtisé en raison de son pouvoir de « père nourricier », capable de régler les factures de fins de mois et d’alléger les quatre à cinq mois d’arriérés de salaires des 12 000 fonctionnaires-péi. En somme, diront les mauvaises langues, « une douce affectation pour un diplomate à la carrière bouchée et proche de la retraite, rêvant d’offrir à son épouse quelques années de première dame-bis sous les tropiques ». Pas certain !

Des relations fraternelles avec Bacar

En effet, les trois années passées aux Comores par Christian Job n’ont pas toujours été une sinécure pour le premier ambassadeur de tous les Français des Comores. Accusé d’être au mieux, en pleine crise séparatiste d’Anjouan, avec le Président déchu Mohamed Bacar — des relations fraternelles mises au compte de la camaraderie issues de leur passage à l’école des officiers de la gendarmerie de Melun —, l’ambassadeur de France a dû affronter et parfois subir les affres de la nouvelle diplomatie française, cette guerre à la françafrique déclarée par le chef de l’Etat français et dont le seul succès sur le terrain a été de remplacer à Anjouan un francophone par un intégriste pro-iranien. Les problèmes, Christian Job en a eu. Ces derniers mois, il eut d’abord à gérer les ratés de la mission française à Moroni, le 5 décembre dernier, dans le cadre du problème de la libre circulation entre Mayotte et les trois îles des Comores. Puis ce fut l’accident du Robinson d’Héli-Mayotte à Anjouan, le 19 mars à 0h40 locale, un hélicoptère en principe chargé de surveiller la route des kwassas-kwassas entre Anjouan et Mayotte. Mais le pire pour le représentant de la France a été le caillassage de son véhicule par de jeunes Comoriens, le 14 avril dernier, lors de son passage dans le quartier d’Itsandra Plage, à quelques kilomètres de Moroni. Un incident à mettre sur le compte d’un regain de tension né de « l’exfiltration » à La Réunion via Mayotte du colonel Bacar. Quelques semaines auparavant, le 28 mars, toujours pour le même motif, le représentant de la France avait dû subir les quolibets de manifestants criant “Mfarantsa nalawe” (dehors la France) devant les locaux de l’ambassade, tout en brûlant un drapeau tricolore. Suprême affront pour un diplomate. Mais au pays des sultans batailleurs, la manne financière a le grand privilège de régler nombre de problèmes et d’atténuer les rancœurs. Et c’est ainsi que depuis quelques jours, la planche à billets de la France s’est remise en route à la grande satisfaction de Christian Job : financement d’une maternité et développement agricole sur l’île d’Anjouan, deux projets d’un montant de 1,1 million d’euros annoncés par le secrétaire d’Etat français chargé de l’Outre-mer, Yves Jégo et le secrétaire d’Etat français à la Coopération, Alain Joyandet et subvention de 1,6 million d’euros accordée par l’Agence française de développement (AFD) destinée à apurer les arriérés des Comores à la Banque africaine de développement (BafD). Des financements venant s ‘ajouter au chèque de 455 000 euros que Paris avait signé pour les élections présidentielles des 10 et 24 juin aux Comores, plaçant ainsi la France au rang de premier contributeur, devant l’Union européenne et le Pnud. Comme on le voit, à 65 ans, Christian Job a beaucoup de choses à raconter sur sa carrière, si mal lui en prenait de bousculer le devoir de réserve recommandé à tout serviteur de l’Etat.

B.A. avec MSAM

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