L’Archipel des Comores s’enlise
La crise énergétique qui frappe depuis plusieurs mois l’île de la Lune fait craindre une crise sanitaire sans précédent.
"Mon pays va mal, va très mal…” Non, ce n’est pas les paroles de l’une des chansons de Tiken Jah Foly clamées sur la scène du Sakifo, mais celles d’un avocat (voir encadré), qui se bat depuis de très nombreuses années pour le développement de l’archipel des Comores et la fraternité entre les peuples de l’océan Indien.
Au mois de juin dernier, la population de l’île de la Lune devait déjà faire face à un rationnement du pétrole lampant. Ce combustible est utilisé par la majorité des foyers tant pour l’éclairage que la cuisine. Les prémices d’une rupture de stocks qui se traduisaient alors par des files d’attente interminables devant les stations-services, l’arrivée par centaine de villageois sur Moroni pour s’approvisionner et enfin le début d’un marché noir faisant grimper le prix du carburant lampant.
À cette époque, le gouvernement de Sambi justifiait ce rationnement par la rupture du contrat qui liait alors la Société comorienne des hydrocarbures avec le groupe Total. Le pouvoir soutenait néanmoins avoir trouvé un nouveau fournisseur. Les premières livraisons par bateau étaient même annoncées pour la fin du mois de juin. Une promesse qui ne s’est pas confirmée et plonge la population dans le plus grand désarroi. Au rationnement du pétrole lampant s’ajoute désormais le gazole. Conséquence directe, la Société d’eau et d’électricité, Mamwe, procède à des coupures de plus en plus longues. Le principal fournisseur de gazole n’était autre qu’une filiale de Total. Elle a également mis fin à ses livraisons. Les activités économiques - aéroportuaires et ports - tournent au ralenti et c’est le moins que l’on puisse dire. Le service public confronté par ailleurs, à de lourds retards des salaires n’est plus en mesure d’assurer ses missions. Enfants, femmes et personnes âgées doivent effectuer des kilomètres à pied pour espérer s’approvisionner. Des témoins à Moroni évoquent, la mort, la semaine dernière, d’un homme écrasé par une fourgonnette alors qu’il tentait de grimper à bord du véhicule déjà surchargé. À l’hôpital El Maarouf, confronté dans un passé récent, à une pénurie de médicaments, les craintes, notamment à l’égard de bébés sous couveuses grandissent d’heure en heure face à la crise énergétique et ses multiples conséquences.
Pendant ce temps, le chef de l’État comorien, Ahmed Abdallah Sambi, reçoit les félicitations des Etats-Unis pour la gestion de son pays, se rend en Iran par vol spécial mis à sa disposition par le gouvernement iranien, et prend des vacances à Anjouan en attendant, la visite du chef d’État français, envisagé pour le mois de février 2009
Jean-Bernard Coutaye