COMORES : UN POUVOIR A BOUT DE SOUFFLE ET SANS INSPIRATION
Devant le chaos qui menace le pays, c'est en ces termes que le Président SAMBI a tenté de rassurer la population. Il oublie que les comoriens ont perdu toutes leurs illusions et qu'ils n'attendent que la fin de son règne pour espérer mieux.
Depuis son accession à l'indépendance, notre pays vit certainement, une des périodes les plus douloureuses et les plus tristes de son histoire. 7 mois d'arriérés de salaires pour les fonctionnaires, pénuries à répétition, hausse vertigineuse des denrées de premières nécessité qui ont atteint des sommets jamais égalés, une stratégie diplomatique chaotique pour ne pas dire honteuse et indigne d'une République, une économie basée sur la mendicité; la liste des maux qui rongent la société comorienne ne cesse malheureusement de s'allonger. En somme, un gouvernement sans inspiration et complètement dépassé par les évènements. Le comble, et c'est ce qui est d'autant plus désespérant, c'est que rien ne laisse entrevoir une amélioration de la situation dans les mois à venir.
En effet, le Président SAMBI et ses petits conseillers nous suggèrent de serrer les dents car, selon eux, tout cela est dû à la conjoncture économique mondiale. On conseille également aux comoriens de changer leurs habitudes alimentaires. Comment peuvent-ils opérer cette mutation s'ils n'ont pas un radis en poche ? C'est de la malhonnêteté à l'état pur car, tout le monde sait que le marasme actuel est en grande partie, due à la mauvaise gestion de SAMBI. Les reformes structurelles indispensables n'ont jamais été entreprises pour parvenir à un équilibre des comptes de l'Etat et à l'amorce d'un véritable développement. Pour définitivement fuir leurs responsabilités et nous avouer leur incapacité, SAMBI et ses amis nous conseillent de travailler plus (Dixit SARKOZY) et de ne rien attendre de l'Etat providence. C'est non seulement un aveu d'impuissance mais aussi, d'incompétence. Dans toute cette cacophonie, on peut, sans aucun risque de se tromper, affirmer qu'un pays qui dilapide 80% de ses maigres ressources à entretenir une fonction publique dont l'efficacité reste à démontrer, n'a aucune chance de retrouver un jour, le chemin du développement.
A ce titre, il faut avouer que SAMBI ne donne pas le bon exemple. Il fustige les effectifs pléthoriques et budgétivores de la fonction publique mais, il n'a eu aucun scrupule à recruter ses parents et amis pour des postes improductifs à la présidence si ce n'est, pour les affecter à des ambassades ou consulats à l'étranger. En ce qui concerne la bonne gouvernance, la transparence et le bon usage des deniers publics, des interrogations subsistent. Les aides en numéraire accordées par les nations du golf et par d'autres pays amis, sont gérées dans la plus grande opacité. Aucune information fiable n'a été fournie par les services officiels quant à la destination donnée au don saoudien de plusieurs milliards, initialement destiné à la construction de logements. Pourquoi devant le doute qui envahit les citoyens et les soupçons de détournement, le gouvernement et la présidence ne se prononcent t-ils pas sur le sujet. Ont t-ils des choses à cacher ? De l'argent public n'a t-il pas été dilapidé pour assurer le financement occulte de la campagne électorale du candidat TOIYIBOU à Anjouan alors que les fonctionnaires ne sont pas payés ? Le « wuandilifu » promis par SAMBI n'est finalement qu'un rêve. Je n'ai pas peur de le dire, carrément un mensonge de plus. Pour ce qui est de la réforme de la Justice qui constituait pourtant un des leitmotive du RAIS, elle est devenue, celle d'une République bananière. Les incursions du pouvoir exécutif dans le domaine judiciaire sont nombreuses. A Anjouan, cela tourne même au ridicule. Aucun magistrat ne veut y être affecté. L'indépendance de la Justice et le principe d'égalité des citoyens devant la loi ne sont pas du tout respectés. Ceux qui ont des connaissances, des parents ou des amis dans le cercle du pouvoir n'ont rien à craindre. Les promesses du candidat SAMBI pour une Justice indépendante et impartiale sont à ranger au rayon des rêves. Les auteurs de ces transgressions ont-ils été sanctionnés ? Ont-ils agi seuls ou sur instructions de leurs supérieurs hiérarchiques ? En tout cas, toutes ces basses manoeuvres n'honorent ni l'institution judiciaire ni les personnalités qui la composent. Au passage, il convient de signaler que conformément à la constitution, le Président de l'Union, premier magistrat du pays, est garant de la Justice. En conséquence, il endosse l'entière responsabilité de ces violations graves puisque de surcroît, il ne prend aucune mesure pour y remédier.
Il est vrai que depuis très longtemps, les comoriens n'attendent plus rien du pouvoir SAMBI lequel, brille par son incompétence et son inaptitude à proposer des solutions pérennes aux multiples problèmes qui se posent à notre société. L'amateurisme, l'improvisation et les propositions à l'emporte-pièce, sont érigés en système de gouvernement. Le clientélisme, le favoritisme et la gestion des affaires de l'Etat entre amis du village n'ont jamais été aussi visibles.
La proposition de loi, relative à l'octroi de la nationalité comorienne aux cousins du golf en échange de quelques millions de dollars dont les comoriens n'auraient jamais vu la couleur, est le signe révélateur de l'impuissance du régime de l'Ayatollah SAMBI. Lui, qui avait juré de limiter ses voyages à l'étranger afin de s'attaquer aux difficultés auxquelles ses concitoyens sont confrontés, passe le plus clair de son temps dans les avions avec des délégations qui emportent à chaque départ, le peu d'argent qui se trouve dans les caisses. Le quotidien des comoriens ne semble pas le préoccuper outre mesure.
Il est vrai que les arriérés de salaires ne sont pas un phénomène nouveau aux Comores. Toutefois à l'approche d'un événement tel que le ramadan ou la fête de l'Aîd, les gouvernements successifs faisaient tout, pour liquider les salaires des fonctionnaires afin de leur permettre de vivre dignement; au moins pendant cette période sacrée. Aujourd'hui, les caisses du trésor public et celles des sociétés d'Etat étant vides, je ne vois pas par quel miracle, SAMBI va t-il pouvoir honorer les traitements des fonctionnaires. Nos parents sont donc condamnés à vivre un mois de ramadan dans le dénuement le plus complet. Pendant ce temps, SAMBI et ses amis continueront à vivre avec faste et à gaspiller le peu d'argent qui reste. C'est certainement le sens premier de cette phrase qu'il n'a cessé de répéter à savoir «Mutso wona ntrongo kamwa paro ziwona». En effet, la hausse vertigineuse du tarif du pétrole, le sac de riz à 25.000 frs, le litre d'huile à 800 frs, des villes entières plongées dans le noir faute de courant; tout cela, les comoriens ne l'ont jamais connu.
Que faire pour sortir de cette impasse ? Avec résignation, tous les observateurs s'accordent malheureusement, à reconnaître que les comoriens n'ont pas encore mangé leur pain noir. Je dirais même que le pire reste à venir. SAMBI a pris l'initiative d'écarter tous ceux qui pourraient l'aider à mettre en place une vraie politique de sortie de crise. Depuis qu'il est au pouvoir, son gouvernement se limite à ses amis du village, DOSSAR et DJAFFAR et à ses petits conseillers de la présidence. Les nombreux techniciens qui pourraient lui apporter une expertise complète et objective de la situation économique et lui suggérer des solutions, ont tous été mis à l'écart. Malgré ses gesticulations et les promesses sans cesse renouvelées d'une vie meilleure, l'on peut affirmer que les intérêts supérieurs de la nation et son développement ne semblent pas constituer pour SAMBI une priorité.
Les sociétés d'Etat qui constituaient jadis, une vache à lait pour les gouvernements, ont été tellement saignées qu'elles ne peuvent plus jouer leur rôle de «soupape de sécurité». Les ressources en provenance du trésor public sont affectées aux nombreux voyages à l'étranger des dignitaires au pouvoir. Aucune aide ne viendra des pays dits «amis» ou d'organismes. Donc, aucune issue possible. En résumé, devant le refus de SAMBI d'écouter les cris et les soupirs de son peuple qui agonise, nous n'avons donc plus qu'à prier et à attendre. Il est vrai que les Comores figurent en bonne place sur la liste des pays les plus pauvres du monde mais, nous restons persuadés que nous disposons du potentiel pour nous en sortir. Malheureusement, le mode de gouvernement mis en place par SAMBI, annihile toute possibilité d'y parvenir. Quel gâchis ! Ayina al mafarrou ?
A PARIS LE 22 AOUT 2008 / AHMED
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