Comores : l’incertitude au bout du vote

Publié le par l'anjouanais

“On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir. À partir de demain, c’est l’inconnu”, entend-on dans les rues de Moroni. Les véhicules qui transportaient, hier, des militants scandant “oui, oui, oui”, n’ont trompé personne. C’est dans une atmosphère de confusion et d’inquiétude générale que les Comoriens sont appelés à se prononcer aujourd’hui, sur le projet de réforme constitutionnelle proposé par le président Ahmed Abdallah Sambi.

Celui-ci leur demande d’approuver le retour à un État plus centralisé – les présidents des îles deviendraient des gouverneurs – et le prolongement d’un an de son mandat. Peu d’électeurs ont une connaissance précise du projet : comme le regrette Idrisse Mohamed, responsable du Comité Maore, une association qui milite pour le retour de Mayotte dans l’ensemble comorien, “il fallait acheter le journal pour pouvoir le lire. Sans compter tous les gens qui ne savent pas lire le français”. Mais aux yeux de l’opinion publique, le principal souci n’est pas là… Sambi ne bénéficie d’aucun consensus reconnaissant la légalité de “son” référendum. Les deux principaux leaders de l’opposition, l’avocat Said Larifou et le président de l’île autonome de Ngazidja Mohamed Abdouloihab, appellent au boycott du scrutin. “Dictature”, “coup d’Etat constitutionnel”… Ses détracteurs critiquent violemment cette “mascarade” dont le dénouement est, il est vrai, complètement incertain.

“Sambi veut s’éterniser au pouvoir”

La légitimité des résultats du vote est d’ores et déjà compromise. En effet, invitée par l’opposition à juger de la légalité du scrutin, la Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente. Quant à la Commission électorale nationale indépendante, elle n’est pas au complet : les présidents de l’Assemblée nationale et des îles de Mohéli et de Grande Comore, ont refusé de nommer leurs représentants.

La plus grande inquiétude concerne la volonté de Sambi de prolonger d’un an son mandat. Officiellement, il veut avoir le temps de tenir ses promesses de campagne, après avoir été accaparé par la crise anjouanaise. Mais de nombreux Comoriens le soupçonnent de vouloir “s’éterniser au pouvoir”. Les doutes sont d’autant plus forts que le mandat des députés de l’Assemblée nationale, qui sont censés organiser les futures élections présidentielles, a été déclaré terminé par la Cour constitutionnelle. “Pourquoi, puisqu’il veut prolonger son mandat, Sambi n’a-t-il pas prolongé par décret celui des députés ? Quand pourra-t-il organiser des élections législatives ? À ce rythme, il va rester jusqu’en 2013 !” critiquent les opposants.

Les discussions focalisées sur l’attitude de Sambi, ont occulté le débat de fond : la Constitution de 2001 est-elle viable ? Comment gérer ce “monstre institutionnel” budgétivore et source de conflits de compétences entre les exécutifs fédéral et insulaires ? Quelle formule adopter pour sauvegarder l’unité nationale tiraillée par les revendications insulaires ? Si le pouvoir est accusé de se livrer à des “actes d’intimidation” pour imposer ses vues, l’opposition n’est pas exempte de responsabilités dans le déroulement d’une campagne électorale vide de sens. Rares sont les partis qui appellent à voter “non” en opposant des arguments à la rhétorique de Sambi. Le président de l’île de Ngazidja a plutôt opté pour la stratégie du boycott actif en appelant lors d’une conférence de presse, les préfets à “casser les caisses de matériel électoral”. “Après avoir tenu un seul meeting de sensibilisation, nous avons organisé la résistance dans les villages”, explique Kamar Ezamane, son ministre des Finances. Résultat : de simples militants et des responsables politiques ont été arrêtés et malmenés pour avoir tenté – parfois violemment – d’empêcher la tenue de meetings du camp gouvernemental.

Dans ce climat délétère, les électeurs sont livrés à eux-mêmes. Nassor votera “oui” car “un petit pays comme le nôtre avec quatre présidents, ce n’est pas normal”. Mariama choisira le “non” parce qu’elle pense que “cette Constitution doit être pratiquée avant d’être changée”. Et surtout, parce que “le oui risque de nous entrainer vers l’instabilité”.

À Moroni, Lisa Giachino

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