Le système démocratique est-il viable aux Comores ?

Publié le par l'anjouanais

Le système démocratique est-il viable aux Comores ?
Dure, dure la réalité comorienne. Depuis 1990, année à laquelle l'ex-Président par Intérim Saïd Mohamed Djohar a initié la démocratie aux Comores après l'assassinat de son prédécesseur Ahmed Abdallah Abdérémane, le système politique comorien évoluait dans le sens de l'histoire. Parfois, il dépassait même certains systèmes bien rodés de ses voisins africains.

Tout a commencé par la première conférence nationale en Afrique que les Comores ont organisé mais dont peu en parlent aujourd'hui. L'équation consistait à organiser un système institutionnel nouveau où l'expression démocratique devait faire émerger une nouvelle classe politique qui croit aux vertus de la démocratie politique.

Les Comores sortaient d'une crise, d'un choc psychologique grave après l'assassinat du deuxième Chef d'Etat comorien après l'indépendance. Les conditions dans lesquelles Bob Denard et ses mercenaires avaient opéré, étaient tellement atroces parce qu'inhumaines que toute la classe politique avait pris conscience de la nécessité de réorganiser la vie politique nationale.

Pour un début après plus de 11 ans de dictature de mercenaires, la table ronde a autorisé la violation de la législation qui interdisait à celui qui assurait l'intérim de se porter candidat mais aussi aux anciens condamnés à mort. C'est ainsi que librement, Djohar sera candidat ainsi que toux ceux qui le voulaient.

Durant cinq ans d'exercice démocratique avec des hauts et des bas, les Comoriens ont appris à voter librement... Les députés ont appris à voter des lois, à censurer des gouvernements, à débattre, à contester tel ou tel acte de l'Exécutif. Tout le monde, aux Comores est d'avis que la dernière législature de la présidence de Djohar fut la plus démocratique et la plus productive : plusieurs lois importantes furent adoptées en cette période et même les Comores ont eu droit à une certaine codification de sa législation par le financement de la banque mondiale.

Les institutions financières internationales ont repris service aux Comores et notre pays a gagné en image à l'extérieur.Cette évolution fut positive d'une manière générale en dépit des difficultés inhérentes à toute jeune démocratie africaine jusqu'à l'émergence du séparatisme anjouanais, suivi du coup d'Etat de l'armée du 30 avril 1999.

L'adoption d'un nouveau cadre institutionnel, le 23 décembre 2001 après l'accord cadre de Fomboni pour des Comores nouvelles, fut saluée partout dans le monde comme un degré très élevé de maturité politique de la classe politique comorienne. Sous les auspices de la communauté internationale notamment, de l'Union Africaine et de l'Organisation Internationale de la Francophonie, le nouveau cadre institutionnel comorien institua une fédération complexe à l'image de la Confédération Helvétique mais respectant les aspirations légitimes des populations des îles.

Les Comoriens ont fait montre de responsabilité et de retenue surtout pendant toute la période du dialogue inter comorien et surtout pendant l'exercice des pouvoirs transitoires allant de l'adoption de la Constitution aux élections générales.Les Comores ont réintégré la communauté des nations et la vie démocratique a recommencé à régir les institutions nationales.

C'est pendant cette période que les Comores ont réalisé des prouesses jadis inimaginables en payant régulièrement ses fonctionnaires et la dette publique jusqu'à bénéficier des conditions avantageuses des partenaires au développement .

Aussi, pour la première fois dans son histoire, sans appui de l'extérieur, notre pays a pu financer plusieurs projets de développement par des fonds propres sans s'aliéner de ses devoirs vis-à-vis de ses citoyens. Il s'agit de l'acquisition d'une nouvelle centrale pour l'énergie électrique, du développement spectaculaire des Nouvelles Technologies d'Informations et de Communications et surtout dans le domaine agricole, environnemental et institutionnel sans compter le développement communautaire.


Toujours dans le respect des règles établies, l'alternance politique a fait que des élections législatives ont vu l'émergence d'une opposition pourtant en cours d'arguments contre le pouvoir ainsi que des élections présidentielles transparentes et démocratiques ont assuré l'ancrage du pays dans un système d'Etat de droit.

Malheureusement, comme au beau vieux temps, à l'approche de l'alternance politique conformément à la législation, le pouvoir en place en mal de repères parce que très populiste, cherche par tous les moyens à proroger son maintien au pouvoir.L'organisation d'un référendum dans des conditions frisant le ridicule a fini par rappeler les Comoriens, surtout les cadres politiques que la démocratie est un combat de chaque jour et il n'est pas nécessaire de jouer sur les mensonges.


Ce qui s'est passé aux Comores en général mais surtout à Anjouan et Mohéli place, désormais, notre pays dans la catégorie des républiques bananières. Feu Saïd Mohamed Djohar doit se retourner dans sa tombe en voyant ceux-là même qui l'ont accompagné dans son œuvre, accompagner également sa destruction dans une arrogance inégalée.

Partout à Anjouan, des bourrages des urnes jusqu'à dépasser même le nombre d'inscrits ; à Mohéli, au vu et au su de tout le monde, les fraudes sont organisées d'une manière à vous couper le souffle. Aujourd'hui, les jeunes « missionnaires » en parlent comme si c'était des devinettes et pourtant c'est si grave.

Les militaires se permettaient en plein scrutin d'arrêter les gens ,juste parce qu'ils auraient reçu des consignes politiques. Ils les ont frappés publiquement et les ont interdits de manifester même après le scrutin! Chaque président de bureau devait faire voter plus de 40% d'inscrits et ils l'ont fait après la fermeture des bureaux de vote ! Certains électeurs, pour se rassurer sont partis faire semblant de voter vers 18 heures, mais à leur grande surprise, on a déjà voté pour eux comme dans une comédie ! Chez les ténors, à Djoiézi, chez le Vice président Ikililou et Oukacha, ce fut même pathétique : après avoir rajouté plus de 600 voix dans un bureau, ils se sont rendus compte que le nombre de votants est supérieur aux inscrits et pour pouvoir « arranger » la situation, ils ont tout bonnement fermé les bureaux et jusqu'aujourd'hui ils n'ont pas donné les résultats volés !

Tout ceci avec une Cour Constitutionnelle qui démissionne de ses responsabilités et dont les membres sont ouvertement corrompus par une mafia étrangère au vu et au su de tout le monde ! Tout simplement scandaleux !

Alors, face à tout cela, ne sommes-nous pas en droit de nous demander si REELLEMENT LA DEMOCRATIE EST VIABLE AUX COMORES ?

Nous nous posons cette question car si la démocratie permet plutôt à la dictature de s'installer et de décider impunément, quel intérêt pour un petit peuple qui ne demande juste qu'à vivre chez soi dans la tranquillité?Non, la dictature ne passera pas, devons-nous se le dire!


Kaïlane
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