Opération militaire à Anjouan. Au-délà des apparences...
Calcul raisonné, pari audacieux ? Seule la tournure des événements dans l'île autonome d'Anjouan, où a eu lieu, mardi 25 mars, un débarquement des forces du pouvoir central de l'archipel des Comores, avec l'appui de l'Union africaine (UA), permettra de le déterminer.
La tension entre la capitale, Moroni, siège de l'Union des Comores, et Anjouan avait atteint un point de non-retour le 19 février : quatre pays de l'UA (Tanzanie, Soudan, Libye et Sénégal) avaient décidé d'appuyer militairement le projet d'opération du président de l'Union, Ahmed Abdallah Sambi, pour chasser du pouvoir le président de l'île, Mohamed Bacar. Celui-ci s'était maintenu en place grâce à des élections à la validité contestée, en février.
La dernière tentative du pouvoir central pour prendre Anjouan, en proie à une expérience sécessionniste en 1997, s'était soldée par un désastre. Moroni n'avait pas alors bénéficié d'aides conséquentes. Cette fois, le pouvoir central peut compter sur le soutien de quatre pays de l'UA, de l'appui logistique de la France, en plus de celui d'alliés rarement réunis par une même cause, l'Iran et les Etats-Unis.
Cette étrange coalition montre que l'enjeu du débarquement à Anjouan dépasse le simple cadre d'une dispute entre îles. En appuyant le renversement par la force d'autorités jugées illégales, l'UA est avant tout à la recherche d'une victoire à valeur démonstrative. L'organisation, qui souhaite prouver sa capacité à "trouver des solutions africaines aux problèmes africains", est en situation d'échec dans la plupart des crises où elle s'est investie. Elle a en revanche contribué à un règlement politique aux Comores au cours de la dernière décennie.
PAS D'UNANIMITÉ
Ce succès ne signifie pas que l'opération fasse l'unanimité parmi ses membres. Jusqu'à la fin, l'Afrique du Sud a tenté de geler l'intervention militaire, la première du genre pour l'UA, en faisant la promotion d'un "dialogue" rendu impossible par l'intransigeance des ennemis comoriens. Une façon de reprendre la main dans une partie des Comores, que Pretoria estime être dans sa zone d'influence.
Mais le petit archipel (trois îles réunies en Union, et une quatrième, Mayotte, restée française à l'indépendance) perdu dans l'océan Indien, est au centre d'un second réseau d'enjeux.
La France a entretenu des relations difficiles avec le président comorien depuis son arrivée au pouvoir avec un appui iranien. En soutenant l'opération, Paris veut se rapprocher de Moroni, tout en poursuivant sa politique de "multilatéralisation" des crises africaines pour éviter d'assurer en solo, un rôle de "gendarme" en Afrique. Pour cela il a fallu composer avec des intérêts contradictoires.
En participant à une opération "vertueuse", le Soudan soutient un de ses rares pays amis sur le continent et s'efforce de faire oublier un instant le drame du Darfour. La Tanzanie travaille autant à restaurer son influence dans la région qu'à prévenir d'éventuelles menaces indépendantistes chez elle, dans l'archipel de Zanzibar. Les Etats-Unis, de leur côté, surveillent avec attention la circulation dans la région d'hommes et de matériel liés à des réseaux armés islamistes.
Source: Le Monde