L’unité des Comores n’a jamais existé…
L’unité des Comores n’a jamais existé…
...sauf pendant la période coloniale ! Avant, les îles étaient autonomes et l’entente qui régnait entre elles était à peu près aussi cordiale que celle qui régnait entre la France et l’Angleterre au Moyen Âge, à tel point que cette période est souvent désignée par les historiens comme celle des « sultans batailleurs ». Et c’est le sultan de Mayotte qui en 1841 demande la protection de la France pour se prémunir des visées expansionnistes des îles voisines, qui deviennent protectorats français plus tard, en 1886. C’est la France qui alors impose l’unité, elle crée une entité artificielle qu’on pourrait comparer à celle de la Yougoslavie créée par Tito. La puissance coloniale partie, l’unité se fissure, elle subsiste encore un temps sous la botte des mercenaires français et elle éclate avec la sécession d’Anjouan en l’an 2000. Et à l’époque la réaction de l’ONU et de l’OUA est déjà la condamnation de cette sécession et l’embargo, crise qui aboutira au compromis raisonnable de la création de la Fédération de l’Union des Comores. Le même processus a été mis en route pour destituer Bacar et à cette occasion, on entend des voix s’élever pour réclamer le retour de Mayotte dans l’ensemble comorien créé par la colonisation, car, en effet, c’est là sa seule légitimité. Par peur d’ouvrir une boîte de Pandore et de mettre la pagaille dans les pays décolonisés, l’ONU a décidé de préserver les entités territoriales héritées du colonialisme et l’OUA lui a emboîté le pas. Cette décision en apparence sage a malheureusement eu pour conséquence toutes ces guerres régionales qui secouent l’Afrique depuis le milieu du XXe siècle. Maroc, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Nigeria, Soudan, Congo… la liste est interminable… et pas près de se terminer si on continue à maintenir ce rigorisme stupide, car les découpages issus du colonialisme sont loin d’être des modèles de rationalité historique et ethnique. Il semblerait plus rationnel de ne pas s’entêter dans ce qui a échoué et de partir tout simplement des aspirations des populations concernées. Partout, dans le monde on voit émerger la volonté des populations à décider elles-mêmes de leur avenir et non plus de le subir d’une quelconque autorité plus ou moins lointaine et ce, non plus par une guerre de libération, mais pacifiquement, par les voies de la démocratie. L’Ecosse s’est doté d’un parlement indépendantiste, il n’est plus impensable que les deux parties de la Belgique se séparent… Pour ce qui est de Mayotte et des Comores, la Constitution française dit que « nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans consultation des populations intéressées ». Pour ce qui est des Mahorais, leur destin est donc déjà entre leurs mains et ils ne semblent guère décidés à rompre un attachement vieux de 167 ans. La naturalisation des immigrés anjouanais pourrait-elle changer la donne ? Sans doute pas, puisqu’ils ont déjà choisi individuellement la France ! Maintenant, le cas d’une « adjonction de territoire » est prévu par la constitution française, recueillerait-il un accueil favorable auprès des populations des autres îles ? A en croire ce qui s’est passé en 2000 à Anjouan, il semblerait que oui. Mais outre les foudres de l’ONU et de l’OUA, la France de Sarkozy est-elle disposée à accueillir des milliers de demandeurs d’emploi ? A quoi rêvent les Comoriens qui, résidant en France, réclament le rattachement de Mayotte aux Comores ? Cette absence empêche-t-elle l’Union des Comores de prospérer ? Le fait que Mayotte ne bénéficie plus de la solidarité nationale française permettrait-il un développement harmonieux de l’Union des Comores ? Ou n’est-ce pas un bouc émissaire commode cherchant à masquer les impérities du pouvoir fédéral ? Un peu de réalisme ne demande-t-il pas de se faire à cette idée d’une Mayotte française ? Cette fédération, est-ce aller assez loin dans l’autonomie de chaque île ? N’y a-t-il pas quand même une volonté hégémonique de la part de Moroni ? Une confédération ne serait-elle pas préférable ? Comment y associer Mayotte restant française ? Mais d’abord il faut accepter de discuter avec les Mahorais ! Existe-t-il une voie entre le consumérisme, qui détruit la planète, et l’intégrisme ? Peut-être, en tout cas il ne pourra naître que d’une entente et d’une coopération librement et démocratiquement décidée par chaque île
Jean-Pierre Espéret