France / Comores : l'escalade verbale

Publié le par habari

Alors que le secrétaire d'Etat français à l'Outremer, Yves Jégo, a souhaité jeudi 24 avril 'une action diplomatique ferme de la France vis-à-vis des Comores' pour qu'elle puisse y renvoyer ses ressortissants en situation irrégulière sur le territoire mahorais, Moroni juge 'honteux' le fait que deux proches de Bacar aient obtenu l'asile.

 
Pour Yves Jégo, "la situation de Mayotte devient extrêmement
préoccupante".
La préfecture de Mayotte a mis en place un centre d'hébergement depuis plusieurs semaines à l'aéroport de Pamandzi. Constitué de tentes militaires, ce centre provisoire accueille les Anjouanais qui ont fui leur île après le débarquement de la coalition AND/UA car ils étaient proches du régime Bacar, et qui demandent l'asile.
En attendant que leur demande soit étudiée par l'OFPRA, ils sont assignés à résidence. Libres de tout mouvement dans la journée, ils restent cependant dans ce lieu, par crainte de représailles. Près d'une trentaine, ils sont arrivés quelques jours après la fuite de Bacar, le 26 mars.

"La situation de Mayotte devient extrêmement préoccupante au titre du nombre d'étrangers en situation irrégulière qu'on ne peut pas renvoyer aux Comores parce que le gouvernement des Comores refuse de reprendre ses propres ressortissants", a déclaré jeudi 24 avril Yves Jégo à l'AFP. Le secrétaire d'Etat, qui devait rencontrer vendredi 25 avril le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a jugé "parfaitement inacceptables" les propos du ministre de l'Intérieur des Comores affirmant qu'il n y a "pas de raison que les Anjouanais n'aillent pas à Mayotte car Mayotte était une terre comorienne et qu'elle avait vocation à le redevenir juridiquement".

"On ne peut pas imaginer que Mayotte soit victime plus longtemps de cette attitude qui n'est pas acceptable de l'Union des Comores, nous sommes aujourd'hui en situation de tension extrême", a ajouté M. Jégo, selon lequel la préfecture de Mayotte a été "obligée d'ouvrir un centre de rétention provisoire" qui n'a cependant rien à voir avec les migrants "habituels" (lire ci-contre). Du côté de la
préfecture, on affirme –malgré les rumeurs qui font état d'arrivée massive de kwassa- que le nombre de barques entrant dans le lagon en provenance d'Anjouan n'a pas augmenté.

Ce même jeudi, le ministre de la Justice de l'Union des Comores, Mourad Said Ibrahim, a vivement dénoncé la décision de la France d'accorder l'asile politique à deux proches de Mohamed Bacar – décision rendue publique mercredi (lire article précédent). "Cette décision est celle de la honte", a déclaré M. Said Ibrahim. "Je devine que Mohamed Bacar et son frère bénéficieront de ce grand boulevard que leur ouvre l'Etat français (...) les dés sont pipés" dans cette affaire, a-t-il ajouté.

"Je lance un appel à ceux qui veulent avoir l'asile en France : il suffira de se rendre à Mayotte avec des armes ; un avion Transall de l'armée française vous amène ensuite à La Réunion d'où l'Ofpra vous remet une carte de résident. Et ceux qui ne l'obtiennent pas, on leur trouve un autre pays d'accueil", a ironisé le ministre comorien.

L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a accordé l'asile politique à deux collaborateurs du colonel Bacar, et l'a refusé à six autres, a annoncé mercredi la préfecture de la Réunion. Cependant, l'OFPRA a jugé que ces six personnes ne pouvaient pas être renvoyées aux Comores en raison de risques de persécutions. Elles ont été assignées à résidence jusqu'à ce qu'un pays tiers accepte de les accueillir.

VM (avec AFP)

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