Mayotte : Une île sous tension extrême
CLICANOO.COM | Publié le 30 avril 2008
C'est une partie de ping-pong diplomatique qui se joue dans l'archipel des Comores.
D'un côté, le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer, Yves Jégo, qui parle de « situation préoccupante », voire de « tension extrême » à Mayotte en raison du nombre d'étrangers en situation irrégulière que la France ne peut plus renvoyer aux Comores parce que le gouvernement comorien refuse de reprendre ses propres ressortissants. De l'autre, Moroni qui récidive en répondant qu'il n' y a « pas de raison que les Anjouanais n'aillent pas à Mayotte car Mayotte était une terre comorienne et qu'elle avait vocation à le redevenir juridiquement ».
La rumeur d'un appel au djihad
« On ne peut pas imaginer que Mayotte soit victime plus longtemps de cette attitude qui n'est pas acceptable de l'Union des Comores », a ajouté impuissant sur ce dossier Yves Jégo qui vient de se voir délaisser de cette “patate chaude” au profit du locataire du ministère des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Avec, dans l'ombre et près des prétoires, l'avocat Jacques Vergès, nouveau défenseur des intérêts de l'Union des Comores. Sur le terrain, au-delà des rumeurs faisant état d'une vente anormale de coupe-coupe dans les quincailleries de Mayotte, au-delà d'un appel au djihad qu'aurait lancé l'ayatollah Sambi depuis la Grande-Comore, au-delà enfin d'une mobilisation des clandestins en vue du “Grand Soir” ou d'un nouveau “jeudi noir” dans les rues de Mamoudzou, l'île aux Parfums distille des senteurs de poudre. La réalité dans la zone, c'est d'abord celle d'une action diplomatique de la France complètement bloquée. En dépit du mutisme observé autour de la mission envoyée le 15 avril à Moroni et composée de Rémi Maréchaux, un des adjoints de Bruno Joubert, le conseiller Afrique du président Nicolas Sarkozy, et d'Alain Moreau, ambassadeur en charge de la coopération dans la région de l'océan Indien, de graves malentendus continuent à subsister entre les deux pays, notamment autour de la mesure d'interdiction des reconductions à la frontière des “clandestins”.
Les “clandestins” considérés comme des « criminels »
Une mesure aux graves conséquences puisque depuis plusieurs semaines les “sans papiers” sont laissés en liberté dans la nature dès leur arrivée sur le territoire mahorais, soit quelques centaines de clandestins qui sont venus grossir la communauté anjouanaise à Mayotte représentant aujourd'hui officieusement pas loin de la moitié de la population mahoraise. Résultat de la mission parisienne : négative ! Au cours des débats, devant l'intransigeance des Comoriens, la situation s'est même envenimée entre Paris et Moroni puisque nos missionnaires, selon la dernière livraison de La Lettre de l'océan Indien, ont dû évoquer la possibilité pour la France de retirer son soutien aux Comores auprès des institutions financières internationales. Or, le dossier comorien doit en principe être examiné par le FMI en juillet. Pire, pour échapper aux sanctions de la France et forcer notre pays à garder quand même ses ressortissants à Mayotte, l'assemblée de l'Union des Comores s'apprêterait à voter urgemment une loi (rétroactive, bien sûr) qualifiant les personnes qui entrent à Mayotte par kwassa kwassa de « criminels », donc passibles de la peine de mort. Ces personnes seraient ainsi protégées par la France, pays des droits de l'homme. Ces clandestins arrivant pour la plupart d'Anjouan ne seront donc pas renvoyés aux Comores en raison de risques de persécutions. Au pire elles seront assignées à résidence jusqu'à ce qu'un pays tiers accepte de les accueillir, pour peu que l'Ofpra les reconnaisse comme des réfugiés politiques. Comme on le voit, les Comores n'ont pas perdu leur réputation historique d'« archipel des sultans batailleurs »
B.A.
C'est une partie de ping-pong diplomatique qui se joue dans l'archipel des Comores.
D'un côté, le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer, Yves Jégo, qui parle de « situation préoccupante », voire de « tension extrême » à Mayotte en raison du nombre d'étrangers en situation irrégulière que la France ne peut plus renvoyer aux Comores parce que le gouvernement comorien refuse de reprendre ses propres ressortissants. De l'autre, Moroni qui récidive en répondant qu'il n' y a « pas de raison que les Anjouanais n'aillent pas à Mayotte car Mayotte était une terre comorienne et qu'elle avait vocation à le redevenir juridiquement ».
La rumeur d'un appel au djihad
« On ne peut pas imaginer que Mayotte soit victime plus longtemps de cette attitude qui n'est pas acceptable de l'Union des Comores », a ajouté impuissant sur ce dossier Yves Jégo qui vient de se voir délaisser de cette “patate chaude” au profit du locataire du ministère des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Avec, dans l'ombre et près des prétoires, l'avocat Jacques Vergès, nouveau défenseur des intérêts de l'Union des Comores. Sur le terrain, au-delà des rumeurs faisant état d'une vente anormale de coupe-coupe dans les quincailleries de Mayotte, au-delà d'un appel au djihad qu'aurait lancé l'ayatollah Sambi depuis la Grande-Comore, au-delà enfin d'une mobilisation des clandestins en vue du “Grand Soir” ou d'un nouveau “jeudi noir” dans les rues de Mamoudzou, l'île aux Parfums distille des senteurs de poudre. La réalité dans la zone, c'est d'abord celle d'une action diplomatique de la France complètement bloquée. En dépit du mutisme observé autour de la mission envoyée le 15 avril à Moroni et composée de Rémi Maréchaux, un des adjoints de Bruno Joubert, le conseiller Afrique du président Nicolas Sarkozy, et d'Alain Moreau, ambassadeur en charge de la coopération dans la région de l'océan Indien, de graves malentendus continuent à subsister entre les deux pays, notamment autour de la mesure d'interdiction des reconductions à la frontière des “clandestins”.
Les “clandestins” considérés comme des « criminels »
Une mesure aux graves conséquences puisque depuis plusieurs semaines les “sans papiers” sont laissés en liberté dans la nature dès leur arrivée sur le territoire mahorais, soit quelques centaines de clandestins qui sont venus grossir la communauté anjouanaise à Mayotte représentant aujourd'hui officieusement pas loin de la moitié de la population mahoraise. Résultat de la mission parisienne : négative ! Au cours des débats, devant l'intransigeance des Comoriens, la situation s'est même envenimée entre Paris et Moroni puisque nos missionnaires, selon la dernière livraison de La Lettre de l'océan Indien, ont dû évoquer la possibilité pour la France de retirer son soutien aux Comores auprès des institutions financières internationales. Or, le dossier comorien doit en principe être examiné par le FMI en juillet. Pire, pour échapper aux sanctions de la France et forcer notre pays à garder quand même ses ressortissants à Mayotte, l'assemblée de l'Union des Comores s'apprêterait à voter urgemment une loi (rétroactive, bien sûr) qualifiant les personnes qui entrent à Mayotte par kwassa kwassa de « criminels », donc passibles de la peine de mort. Ces personnes seraient ainsi protégées par la France, pays des droits de l'homme. Ces clandestins arrivant pour la plupart d'Anjouan ne seront donc pas renvoyés aux Comores en raison de risques de persécutions. Au pire elles seront assignées à résidence jusqu'à ce qu'un pays tiers accepte de les accueillir, pour peu que l'Ofpra les reconnaisse comme des réfugiés politiques. Comme on le voit, les Comores n'ont pas perdu leur réputation historique d'« archipel des sultans batailleurs »
B.A.
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