Les faux nez
Le ministre des Relations extérieures du gouvernement de l’Union des Comores, de passage ici ces jours derniers, a été bien entendu longuement interviewé au journal du soir de Télé-Réunion, « la télé nout péi ». Dans le contexte actuel, il aurait été plus digne et plus respectable de seulement faire mention de sa présence, au titre de l’information simple et neutre. Mais je dois dire que l’irritation ainsi soulevée a été quelque peu diminuée par la pertinence des questions préparées et posées à la suite par la journaliste qui s’est très bien débrouillée pour lui mettre une certaine pression. Une des réponses de l’Excellence m’a paru particulièrement révélatrice. Celle, où sollicité de donner son avis sur la motion présentée par le conseil général de Mayotte, demandant l’obtention pour l’île du statut de département, il a rétorqué que les vœux et opinions déclarés n’engageaient que ceux qui les exprimaient. Autrement dit, en clair, que les autres, tous les autres, pouvaient très bien ne pas en tenir compte et s’asseoir confortablement dessus. Sauf que considérer cette demande comme une broutille sans importance, alors qu’elle émane de représentants élus du peuple censés refléter sa volonté, ne paraît pas très démocratique, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais on le sait, le qualificatif avec lequel se gargarise complaisamment une multitude, n’est en réalité que très peu vérifié dans la pratique. Ce qui fait penser que les assertions suivantes du même, sur le comportement « équitable » qui serait réservé que les autorités de la dite Union et de ses services judiciaires, au colonel Bacar et ses partisans au cas où ils seraient renvoyés devant eux, paraissent comporter une sacrée dose de tromperie. On ne peut pas plus croire à la sincérité de ces manifestants, anjouanais d’origine notamment, qui ont encombré les places publiques à plusieurs reprises pour « exiger » de l’Etat français l’extradition vers les Comores des susnommés. Cela commence à bien faire. S’ils ont certes le droit de faire connaître leur opinion sur le sujet, cela ne doit en aucun cas dégénérer en véritable harcèlement politique répété avec pancartes, banderoles et paroles injurieuses et insultantes envers le pays qui les a accueillis. Il conviendrait qu’ils s’en souviennent et que nos responsables aient le courage de le leur rappeler fermement au passage. Au surplus, s’ils sont si attachés aux valeurs démocratiques qui leur semblent tant faire défaut en territoire français et s’ils estiment que leur Union des Comores avec l’ayatollah Sambi en est par contre le parfait garant, ils sont tout à fait libres d’y retourner... à moins que.... peut-être... ils n’y seraient pas acceptés comme leurs compatriotes renvoyés de Mayotte, va savoir ! Entre parenthèses, il n’a été entendu, de la part de ces pourfendeurs des injustices et farouches défenseurs des droits de l’homme, qu’un silence assourdissant quant au comportement on ne peut plus « respectable » par exemple du sinistre Mugabé du Zimbabwé qui après les innombrables exactions qui ont illustré son régime se paye encore le luxe de ne pas publier, à plus d’un mois passé, les résultats des élections qui le donnent perdant, étant très probablement en train d’essayer de les truquer à son profit. Il est vrai que le Zimbabwe est tellement loin d’Anjouan ! Comme d’ailleurs le Soudan, la Lybie... qui sont leurs autres références. Ajoutons à tout cela les tristes pantalonnades auxquelles se sont livrées nos autorités administratives, judiciaires et préfectorales se renvoyant à qui mieux la balle, pour ne pas prendre une décision qui pourrait gêner tour à tour le meunier, son fils ou l’âne. Nous vivons vraiment des temps étriqués. J’avais voulu intituler ce court écrit : les faux culs. J’aurais dû. C’eut été plus approprié
Gilbert Manès (La Montagne)