L’ambassadeur de France chassé de Madagascar
« Je regrette profondément que le président de la République malgache ne m’ait pas accordé la moindre chance de pouvoir accomplir l’exaltante mission dont je rêvais depuis longtemps », a déclaré Gildas Le Lidec devant les quelque 400 invités à la résidence de l’ambassade de France à Antananarivo. « Ce premier 14 juillet sur la Grande Ile sera également le dernier », a ajouté l’ambassadeur qui avait présenté ses lettres de créances au président malgache Marc Ravalomanana en février. Il avait depuis déposé onze demandes d’audience, restées sans suite, à M. Ravalomanana.
Superstition
Selon l’ambassade de France, il quittera Madagascar début août pour être remplacé. « Je pars en fonctionnaire qui obéit… Je pars avec seulement l’infinie tristesse et la profonde frustration de n’avoir pas eu le temps suffisant de contribuer au renforcement de l’amitié et de la coopération franco-malgaches », a déclaré dans son discours le diplomate rappelé par Paris à la demande de Tananarive. L’arrivée à Antananarivo de Gildas Le Lidec n’avait pas été appréciée par certains milieux malgaches, en raison d’affectations antérieures comme ambassadeur de France en République démocratique du Congo (RDC) et en Côte-d’Ivoire lors de périodes de crises dans ces deux pays. Certains n’hésitent pas à avancer que c’est le caractère « superstitieux » du président malgache qui expliquerait ce désamour du diplomate, eu égard à la situation des pays dans lesquels il a été affecté auparavant. Marcel Ranjeva, ministre des Affaires étrangères, devant la surprise générale, a dû improviser un point de presse à la fin de la cérémonie, rapporte le quotidien L’Express dans son édition d’hier. « Madagascar n’a pas émis de note verbale », a-t-il répliqué. Il a toutefois reconnu l’existence de « discussions à un autre niveau », et n’a pas démenti que Gildas Le Lidec a été déclaré persona non grata. « Donnez-lui un crédit de quinze jours et vous verrez son professionnalisme », avait déclaré Alain Le Roy, prédécesseur de Gildas Le Lidec à l’ambassade de France lors de l’installation de ce dernier. L’ancien ambassadeur avait alors été interrogé sur la nomination à Madagascar d’un diplomate qui avait été en poste dans des pays africains en guerre. Avant d’être nommé au Japon, son poste avant la Grande Île, Gildas Le Lidec avait été chef de la mission diplomatique française en République démocratique du Congo et en Côte-d’Ivoire. Il avait également représenté la France au Cambodge entre 1994 et 1998