DROIT DE REPONSE SUITE A L'INTERVIEW DU CHEF D'ETAT MAJOR DE L'AND, LE GENERAL DE BRIGADE SALIMOU

Publié le par l'anjouannais

Tribune libre
Après le débarquement sur l'île d'Anjouan, le Président SAMBI a décidé à titre exceptionnel et en guise de récompense, d'élever au grade de Général de Brigade, le Lieutenant-Colonel SALIMOU qui a commandé les opérations. Pour ceux qui ne connaissent pas la chose militaire, je dois les assurer que le procédé n'a rien d'illégal car, cela est prévu par le statut général des militaires. De plus, les qualités professionnelles du militaire, l'intégrité intellectuelle et morale dont il a su faire preuve pendant plusieurs années et enfin ses qualités humaines faisaient de lui, un candidat sérieux au poste de Chef d'Etat Major. Le titre qui lui a été attribué n'est donc pas usurpé. Il faut le reconnaître.
En effet, dans l'
interview qu'il a accordé au journal AL-WATWAN, le nouveau Chef d'Etat Major (CEM) déclare que les effectifs actuels de l'AND ne sont plus en mesure de garantir l'intégrité du territoire. Pour pallier à cette carence, notre gradé a donc décidé de recruter 700 soldats. Cette solution qui privilégie la quantité à la qualité ne paraît ni efficiente ni souhaitable. Le Général SALIMOU apporte une fausse solution à un vrai problème. L'armée comorienne a juste besoin d'unités légères, bien formées et dotées de matériels modernes capable de se déployer très rapidement, sur un théâtre d'opération. La présence de 2 compagnies à NGAZIDJA et NDZOUWANI et d'une unité à MWALI (Total : 600), composés de vrais combattants, suffirait à garantir la sécurité.
Même si la sécurité et l'intégrité de la nation n'ont pas de prix, elles ont par contre, un coût. Dans une conjoncture économique dramatique, les militaires doivent, au même titre que tous les autres citoyens, supporter les efforts consentis pour parvenir à un équilibre des comptes de l'Etat. Ce recrutement nous semble donc incongru et irresponsable.
Répondant aux journalistes quant aux modalités des avancements de convenance prononcés au sein de l'AND, le CEM affirme sans sourciller que ceux-ci sont effectués conformément aux textes règlementaires. Désolé ! Monsieur le Général ne dit pas toute la vérité. Sinon, comment peut-il expliquer que sans avoir fait preuve du moindre acte de courage ou fait de guerre, un officier de l'AND qu'il commande, puisse après l'arrivée de SAMBI au pouvoir, passer en 18 mois, du grade de Capitaine à celui de Colonel ? Nous rappelons qu'en temps normal, un minimum de 10 années eut été requis pour accéder à ce grade. Ce cas, n'est malheureusement pas isolé. Sans vouloir l'offenser, notre Chef d'Etat Major serait plus inspiré de reconnaître humblement que les promotions des officiers lui échappent et qu'elles relèvent du pouvoir discrétionnaire du Président SAMBI et de son ami DOSSAR qui en ont fait aujourd'hui, une affaire de famille. Le Chef d'Etat Major reconnaît que malgré le chiffre pléthorique d'officiers supérieurs qui composent l'armée nationale, aucun ne dispose des capacités et de la culture militaire suffisante pour occuper les 5 postes offerts par la Brigade de l'Afrique de l'Est ? Comment expliquer cette incurie ? Excusez-moi de rappeler que notre Général fut pendant des années le Commandant en chef de l'Ecole de Formation des Forces Armées et de la Gendarmerie de VOIDJOU. Puisqu'il se prend pour un visionnaire, pourquoi n'a t-il pas adapté les programmes de formation aux besoins du pays et éventuellement, se projeter dans une politique de défense régionale ?
Pour détourner l'opinion des énormes difficultés auxquelles nos concitoyens sont confrontés et pour justifier l'incapacité chronique de l'Etat à y apporter des solutions pérennes, le Président SAMBI a soulevé le spectre d'un plan de déstabilisation en provenance de Mayotte. Devenu soudainement amnésique, notre RAIS oublie que c'est sur ses instructions que le transport maritime entre Anjouan et Mayotte a repris pour expulser les soi-disant «clandestins» avec en prime, la mise en place d'un odieux Groupe de Haut Niveau sur les conseils de son ministre des relations extérieures. Après le débarquement sur Anjouan, il était pourtant le premier à affirmer, je cite : «tous nos malheurs viennent de Mayotte». Pourquoi a t-il alors accepté de pactiser avec le diable ? Aujourd'hui, il demande aux militaires de réparer ses propres erreurs. Je leur souhaite beaucoup de courage.
Poursuivant dans ses certitudes, le Général SALIMOU exclut toute réintégration des éléments de la Force de Gendarmerie d'Anjouan au sein de l'AND. C'est une erreur monumentale. Il eut été plus raisonnable de faire un tri car, la responsabilité de certains militaires dans les exactions commises à Anjouan reste encore à déterminer. Refuser la réintégration de certains éléments «valables» de la Gendarmerie anjouanaise, c'est prendre le risque de lâcher des bombes humaines, dans la nature. Pourquoi à un moment de l'histoire de notre armée, a t-on accepté la réintégration de tous les militaires de la Garde Présidentielle de Bob DENARD au sein de l'AND alors que, de l'avis de tout un chacun, ceux-ci s'étaient rendus coupables d'assassinats et d'atteintes multiples aux droits de l'homme ?
Notre Général doit accepter que les Comores ne sont pas la Cote d'Ivoire et que le plan DDR (Démobilisation – Démilitarisation – Réintégration) ne peut pas obéir aux mêmes règles. Notre officier étoilé parle des armes en circulation qui menace la sécurité nationale. Dans un petit pays où tout le monde connaît tout monde, c'est un aveu d'échec. C'est à dire que la Police Judiciaire n'a pas fait son travail de renseignement pour identifier les personnes détentrices d'armes de guerre ou de munitions. Cela n'est-il pas de sa responsabilité ?
Interrogé sur le rôle du Commandant militaire Régional à Ndzouwani qui lui est pourtant subordonné, notre Chef d'Etat Major reconnaît a demi-mots que ce dernier s'est outrageusement, immiscé dans le domaine judiciaire. Pour ceux qui l'ont déjà oublié, nous rappelons que cet officier s'est octroyé le droit d'interpeller et d'emprisonner des individus qui venaient d'être remis en liberté par un juge. J'ai du mal à souscrire à l'idée qu'il n'a pas agi conformément aux ordres de ses supérieurs. En tous cas, c'est une honte pour un officier de police judiciaire et pour toute l'institution dont il dépend. Les amis de BACAR qui se sont échappés, n'étaient-ils pas sous la responsabilité de l'autorité militaire ? Notre Général nous parle de simples soldats qui auraient été corrompus. Visiblement, la notion de responsabilité est étrangère aux militaires.
Notre Général que l'on croyait intègre et honnête a t-il sanctionné de tels écarts de conduite ? Non. Il dit se contenter de simples recadrages de missions. Il est vrai que dans ce pays qui s'appelle les COMORES, personne n'est responsable de rien. De surcroît, la règle de l'impunité a encore de beaux jours devant elle.
Dans son interview, le Général SALIMOU évoque le cas épineux et litigieux du Lieutenant-Colonel HAMZA, ancien Chef d'Etat Major de l'AND soupçonné de connivence avec le BACAR. Il semble s'acharner sur cet officier qui avant tout, est un camarade de promotion. Je trouve cela indigne et injuste car, sa responsabilité sur les faits qui lui sont reprochés n'a jamais été clairement, démontrée. Poursuivant dans ce que j'appelle sa «bêtise», le Général SALIMOU, demande au Gouvernement de déposer plainte à l'encontre de HAMZA car, l'armée ne peut semble t-il pas le juger. Je trouve cela lamentable, je dirais même pitoyable pour un officier de son rang. Toujours pour ceux qui ne connaissent pas la chose militaire, je tiens à rappeler qu'il existe au sein de l'armée, une procédure, à savoir, le « CONSEIL DE DISCIPLINE» qui permet de «juger» et de sanctionner, preuve à l'appui, n'importe quel militaire qui a failli à son devoir. Pourquoi le Lieutenant-Colonel HAMZA n'a t-il comparu à cette instance composée de militaires si, des preuves tangibles et irréfutables avaient été réunies à son encontre ?
Enfin, toutes ces manigances et ces interprétations tendancieuses ne sont pas de nature à redorer le blason de notre armée nationale. Son chef qui semble assujetti aux désirs de mauvais gouvernants et qui a goûté aux délices du pouvoir auquel il doit tout, ne paraît plus en mesure d'assumer ses fonctions en toute sérénité et indépendance. Puisque le régionalisme demeure une règle immuable aux COMORES et si le principe de la tournante est maintenue, le Lieutenant-Colonel HAMZA qui a été banni mais qui est originaire de MOHELI sera nommé Général de division (3 étoiles). De facto, il deviendra le Chef d'Etat Major de l'Armée comorienne sur décision du nouveau Président de MOHELI. Rassurez-vous ... Des règlements de compte en perspective !! Comme on dit à l'armée, c'est de bonne de guerre !
PARIS LE 18 AOUT 2008 / AHMED - UN ANCIEN OFFICIER DE L'ARMEE COM0RIENNE
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