un ramadan sur fond de crise
Dans moins de deux semaines, les Comoriens, à l'instar de l'Umma islamique, vont devoir observer le jeûne du mois sacré de Ramadan. Une période d'abstinence de manger et de boire durant le jour, de tous les plaisirs de la chair, pour se consacrer à la lecture du Saint Coran et des prières. Pour cette année, à moins d'un miracle, tout s'apprête à dire que ce pilier de l'Islam allait être accompli sur fond de crise de toute sorte. Et cela inquiète jusqu'au sommet de l'Etat.
D'abord, il n'est un secret pour personne, la circulation des biens et des personnes ne fait aucun doute qu'elle se fera très difficilement. Le problème de carburants qui affecte douloureusement le pays depuis un mois est loin d'être résolu définitivement malgré l'arrivée sporadique de certains dépannages en provenance d'un pays d'Afrique de l'Est, notamment la Tanzanie. Par ce handicap on ne pourrait sans doute écarter l'hypothèse d'absence prolongée de l'eau et de l'électricité, donc un maillon de toute une chaîne. Sachant qu'à cause d'absence de froid, les opérateurs économiques de la place auront du mal à s'approvisionner en poulets et autres produits nécessitant une congélation. S'agissant des produits de première nécessité, le consommateur comorien est tenu à payer 25000 fc pour obtenir un sac de riz ordinaire. Le kilogramme de sucre s'achète à 500 fc, le litre d'huile de cuisine, 800 fc. Des prix qui ont grimpé après la hausse des prix de carburants et des frais de transport. « Nous vivons dans la jungle », déplorent des Comoriens impuissants à contenir les assauts de tout et chacun. Une situation inédite qui révèle au grand jour le désengagement de l'Etat dans ses missions régaliennes.
Mais à côté de cela, bien malin celui qui dira que l'argent circule dans le pays. Ceci d'autant plus que la fonction publique est incapable de payer ses agents. Jusqu'ici, l'Etat peine à payer le mois de février 2008. Ce qui sous entend que ces pauvres fonctionnaires auront à observer un ramadan « financier » dont les répercussions seront sans précédentes.
Dans tout cela, c'est le silence radio des autorités de l'Union et des îles qui se fourvoient dans leurs responsabilités. « Si on est arrivé jusqu'ici, c'est parce que l'Etat ne voudrait pas réduire son train de vie. Le chef de l'Etat et ses ministres voyagent beaucoup et que les services de douanes ne pourraient pas générer des recettes suffisantes pour boucher tous les trous creusés par ces insouciants », expliquent certains agents publics. Il faut souligner qu'avec l'état de vétusté avancé des routes, les chauffeurs refusent de payer leurs fiscalités. Ce qui ne fait qu'enfoncer davantage le maigre espoir des fonctionnaires au niveau des préparatifs préalables avant d'entamer le mois sacré de Ramadan.
Cette situation gravissime commence à inquiéter le sommet de l'Etat. Selon nos informations, les deux vice-présidents se seraient rencontrés il y a trois jours pour tirer la sonnette d'alarme. Et ils se seraient convenus de sommer le président une fois de retour à Moroni de remanier immédiatement le gouvernement qui, aux yeux de tous, prouve son incapacité à gérer cette crise. Seront-ils prêts à remettre le tablier en cas de refus du président ? C'est la grande question. Le président Sambi, qui participe actuellement au sommet Turquie-Afrique, est en tout cas attendu à Moroni le 25 août prochain.
Avec notre correspondant à Moroni