Les ex-gendarmes de Bacar sortent au compte-gouttes

Publié le par l'anjouannais

La préfecture a tenu parole, à quelques jours près : depuis vendredi, les 18 ex-gendarmes du colonel Bacar, ancien président d’Anjouan, quittent progressivement la base aérienne 181 de Gillot. Tous ont réussi à prouver qu’ils avaient un hébergement dans l’île en attente de la décision définitive de la Cour nationale du droit d’asile.
C'est vendredi dernier que les deux premiers ex-gendarmes du colonel Bacar, l'ancien président d'Anjouan, ont commencé à quitter la base aérienne 181 de Gillot. Les « libérations » se sont succédé durant le week-end avec trois nouvelles sorties samedi. Hier, dans le milieu de l'après-midi, vers 16 h 30, quatre autres « détenus » sont sortis, même si l'ensemble des personnes a reçu les papiers de sortie. Aujourd'hui, les derniers « prisonniers » quitteront la base au fur et mesure de la venue de leur famille d'accueil. Mais, la préfecture a aussi décidé de prendre ses précautions. En effet, non seulement les 18 hommes ont dû donner de sérieuses garanties sur les personnes qui devaient les héberger mais ils doivent aussi aller « pointer » deux fois par semaine à la gendarmerie ou au commissariat le plus proche de leur lieu de résidence comme lors d'un véritable contrôle judiciaire. S'ils doivent pour une raison ou une autre quitter leur commune de résidence, ils doivent le signaler aux forces de l'ordre. Cependant, les autorités préfectorales ont aussi considéré que les 18 hommes ne pouvaient pas les lâcher comme cela dans la nature. En effet, la préfecture a décidé de leur fournir une « carte » leur permettant d'avoir accès à des soins mais aussi un document leur permettant de faire valoir leur identité s'ils subissent un contrôle d'identité.

Sans travail et sans argent

Ce document n'est pas pour autant un titre de séjour. Celui-ci ne leur permet ni de travailler d'une manière légale ni de bénéficier des minima sociaux. Pour Christine Louis-Quéré, la présidente de la ligue citoyenne, « ils se retrouvent sans travail, sans argent avec l'impossibilité pour eux de pouvoir vivre une vie normale à la Réunion ». « Et que se passera-t-il si les gens qui les hébergent décident du jour au lendemain de les mettre dehors ? », s'interroge encore la présidente de l'association. « Ils sont totalement à la charge des personnes qui ont décidé de les aider. Mais combien de temps cela va-t-il pouvoir durer ? » Même interrogation de la part de Me Marie Briot, l'une des deux conseils des ex-gendarmes anjouanais. « Ils sont restés presque six mois sur cette base aérienne », commence Me Briot. « Ils n'avaient aucune activité. Ils étaient cantonnés dans leur chambre avec seulement un petit bout d'herbe. Ils ne pouvaient même pas faire un footing », constate l'avocate avant de poursuivre : « Pour ceux qui ont de la famille à la Réunion, cela peut aller, mais pour les autres, je ne vois pas comment cela pourra être tenable pour eux à long terme », affirme l'avocate avant de s'interroger sur la volonté des autorités. « Ils se sont fait avoir. Maintenant, on va les oublier », conclut le conseil. Cependant, plusieurs actions juridiques sont encore en cours dont des recours devant l'Ofpra et d'autres devant la Cour nationale du droit d'asile dont l'un qui sera examiné le 12 novembre prochain. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir...

Jérome Leglaye

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