Mohéli veut son tour

Ne touchez pas à la présidence tournante, tel est un des mots d’ordre de la campagne référendaire aux Comores.
La fièvre qui a saisi Moroni, Mutsamudu et Fomboni ces derniers jours n’a rien d’inhabituelle chez les Comoriens. C’est la politique qui reprend ses droits au sein de l’espace public. Tout est question d’intérêt immédiat. Ceux qui, aux côtés de Sambi, gèrent la cité tentent à tout prix de renforcer leur pouvoir institutionnel et, si possible, prolonger un peu la durée alors que dans les États majors insulaires, on part en guerre pour défendre les confettis d’un système qui offre titre et apparat. De son côté, une bonne partie de l’opinion s’accroche à la veste d’un parent ou d’un bienfaiteur, histoire de ramasser quelques miettes de ces biens publiques dilapidés au quatre coins des administrations.
Dans certains villages, les meetings organisés par les partisans du “Oui” occasionnent des affrontements du fait que des groupes de jeunes essaient de les disperser. C’est à Mohéli que la tension est plus vive. Malgré le renforcement du dispositif de sécurité, il n’est pas certain que le vote puisse se tenir. La campagne qui a été menée depuis plusieurs mois a montré que le projet de révision de certaines dispositions de la Constitution n’a d’autres buts que de priver la plus petite île de l’archipel de « sa présidence tournante ». Des panneaux d’affichage dans les principaux carrefours de Fomboni rappellent à tous le droit des Mohéliens à présider à la destinée du pays.
Mohéli veut son tour
A Anjouan, la situation est plus complexe. La proximité du président de l’île avec le chef de l’Etat empêche les débordements, mais certains redoutent les avatars du séparatisme.
Toutefois, c’est bien à Moroni que la bataille fait rage sur divers fronts. En effet, après les médias, les places publiques et les actes de vandalisme, c’est devant la Cour Constitutionnelle que les protagonistes s’affrontent. Durant toute la matinée du 6 mai, les trois avocats mandatés par le chef de l’Exécutif de Ngazidja ont croisé le verbe avec Me Fahmi, le défenseur du gouvernement.
Il s’agit pour les premiers de convaincre la Haute juridiction d’annuler le décret de convocation du corps électoral le 17 mai prochain. Sur la forme, Me Mzimba et ses collègues dénient au chef de l’Etat le droit d’organiser cette consultation, étant à la fin de son mandat, tout en rejetant le mode de désignation de certains membres de la commission électorale. Dans le fond, ils reprochent au projet de texte référendaire de porter atteinte à l’autonomie des îles et d’entretenir un flou sur la gestion de la période transitoire qui va de la tenue du référendum à l’élection des futurs gouverneurs. Pour sa part, Me Fahmi, qui dirige également un parti politique favorable à la modification constitutionnelle, a réaffirmé en citant les articles de lois le droit du chef de l’Etat d’organiser cette consultation électorale. Il a en outre expliqué que l’on ne peut pas parler d’atteinte à l’autonomie des îles dans la mesure où celle-ci n’est pas quantifiable.
Toujours est-il qu’après avoir écouté les plaidoyers, les sages ont pris 30 minutes pour se concerter et ensuite ils ont reporté à samedi dernier prochain leur délibération.
Ali Mohammed